XI - Des abus présents qui demeurent dans l’Église, et que nous désirons voir réformés
XI - Des abus présents qui demeurent dans l’Église, et que nous désirons voir réformés
Le Second Livre de discipline de l’Église d’Écosse (1578), texte intégral : le premier traité du gouvernement presbytérien, avec PDF gratuit
DE MÊME que c’est le devoir du magistrat pieux de maintenir la liberté présente que Dieu a accordée par la prédication de sa Parole et la vraie administration des sacrements dans ce royaume, de même c’est son devoir de pourvoir à ce que tous les abus qui demeurent encore dans l’Église soient ôtés et entièrement supprimés.
C’est pourquoi, premièrement, l’admission d’hommes aux titres papistes de bénéfices, qui ne servent pas et n’ont aucune fonction dans l’Église réformée de Christ, comme les abbés, commendataires, prieurs, prieures et autres titres d’abbayes, dont les lieux sont maintenant pour la plupart, par le juste jugement de Dieu, démolis et purgés d’idolâtrie, est un abus manifeste, et ce n’est pas recevoir le royaume de Christ parmi nous, mais plutôt le refuser.
De même, ceux qui autrefois étaient appelés les chapitres et les couvents des abbayes, des églises cathédrales et des lieux semblables ne servent plus maintenant à rien, sinon à concéder des fiefs et des baux, s’il reste quelque chose des terres et des dîmes de l’Église, au dommage et au préjudice de celle-ci, comme l’expérience l’enseigne chaque jour ; c’est pourquoi ils doivent être entièrement abrogés et abolis.
De même nature sont les doyens, archidiacres, chantres, sous-chantres, trésoriers, chanceliers et autres qui ont de semblables titres, découlant seulement du pape et du droit canon, et qui n’ont point de place dans l’Église réformée.
Les Églises aussi qui sont unies ensemble et jointes par annexion à leurs bénéfices doivent être séparées et divisées, et données à des ministres qualifiés, comme la parole de Dieu le requiert.
Et de tels abuseurs du patrimoine de l’Église ne doivent pas non plus avoir voix au Parlement, ni siéger au Conseil sous le nom de l’Église et des gens d’Église, au dommage et au préjudice de sa liberté et des lois du royaume faites en faveur de l’Église réformée.
Bien moins encore est-il permis qu’aucun de ces hommes ait cinq, seize, vingt Églises ou davantage, qui toutes réclament la charge des âmes, et en jouisse du patrimoine, soit par admission du prince, soit par celle de l’Église, en cette lumière de l’Évangile. Car ce n’est qu’une moquerie de réclamer la réformation là où de telles choses ont lieu.
Et, dans la mesure où, dans l’ordre pris à Leith en l’an de notre Seigneur 1571, il apparaît que de tels hommes peuvent être admis s’ils sont trouvés qualifiés, ou bien ce prétendu ordre est contraire à tout bon ordre, ou bien il doit s’entendre non de ceux qui sont qualifiés dans les affaires du monde ou pour servir à la cour, mais de ceux qui sont qualifiés pour enseigner la parole de Dieu et ont reçu leur admission légitime de l’Église.
Quant aux évêques, si le nom ἐπίσκοπος est pris proprement, ils sont une seule et même chose avec les ministres, comme il a été déclaré ci-dessus. Car ce n’est pas un nom de supériorité et de seigneurie, mais d’office et de vigilance.
Toutefois, parce que, dans la corruption de l’Église, ce nom (comme d’autres) a été l’objet d’abus et risque encore de l’être, nous ne pouvons approuver la manière de ces évêques nouvellement choisis, ni celle des chapitres qui les élisent à de tels offices, tels qu’ils y sont choisis.
Les vrais évêques doivent s’attacher à un troupeau particulier, ce que plusieurs d’entre eux refusent ; et ils ne doivent pas usurper la seigneurie sur leurs frères et sur l’héritage de Christ, comme le font ces hommes.
Les pasteurs, en tant que pasteurs, n’ont pas l’office de visitation de plusieurs Églises joint à leur charge pastorale, à moins qu’il ne leur soit donné.
C’est une corruption que les évêques aient des limites à visiter plus étendues qu’ils ne peuvent légitimement.
Nul ne doit avoir l’office de visitation, sinon celui qui y est légitimement choisi.
Les consistoires, étant bien établis, ont le pouvoir d’envoyer un ou plusieurs visiteurs, avec commission de visiter les limites de leur consistoire, et de même, après leur avoir fait rendre compte, soit de les maintenir, soit de les révoquer de temps en temps ; consistoires auxquels ils seront toujours sujets.
La juridiction criminelle en la personne d’un pasteur est une corruption.
Il n’est pas conforme à la parole de Dieu que les évêques soient pasteurs des pasteurs, pasteurs de plusieurs troupeaux, et cependant sans troupeau déterminé et sans enseignement ordinaire.
Il n’est pas conforme aux Écritures qu’ils soient exemptés de la correction de leurs frères et de la discipline du consistoire particulier de l’Église où ils serviront, ni qu’ils usurpent l’office de visitation d’autres Églises, ni aucune autre fonction en dehors des autres ministres, sinon pour autant qu’elle leur sera confiée par l’Église.
C’est pourquoi nous désirons que les évêques qui sont à présent, ou bien consentent à l’ordre que la parole de Dieu requiert d’eux, tel que l’Église générale le leur prescrira, sans passer leurs bornes, que ce soit dans les affaires ecclésiastiques ou civiles, ou bien soient déposés de toute fonction dans l’Église.
Nous ne nions pas cependant que les ministres puissent et doivent assister leurs princes, quand ils en sont requis, en toutes choses conformes à la Parole, que ce soit au Conseil, au Parlement ou autrement, pourvu toujours qu’ils ne négligent pas leurs propres charges et ne nuisent pas, par flatterie envers les princes, à l’état public de l’Église.
Mais, en général, nous disons qu’aucune personne, sous quelque titre de l’Église que ce soit, et spécialement sous les titres abusifs de la papauté, de prélats, de couvents et de chapitres, ne doit entreprendre aucun acte au nom de l’Église, que ce soit au Conseil, au Parlement ou hors du Conseil, sans avoir commission de l’Église réformée dans ce royaume.
Et il est pourvu par un acte du Parlement que l’Église et la juridiction papistes n’y auront aucune place, et qu’aucun évêque ni autre prélat n’usera à l’avenir d’aucune juridiction découlant de son autorité.
Et encore, qu’aucune autre juridiction ecclésiastique ne sera reconnue dans ce royaume, sinon celle qui est et sera dans l’Église réformée et qui en découle.
Ainsi nous estimons que la tenue de chapitres à la manière papiste, que ce soit dans les églises cathédrales, les abbayes, les collèges ou autres lieux conventuels, en usurpant le nom et l’autorité de l’Église pour nuire à son patrimoine, ou l’usage de tout autre acte à son préjudice, depuis l’an de notre Seigneur 1560, est un abus et une corruption contraires à la liberté de la vraie Église et aux lois du royaume, et qu’elle doit en conséquence être annulée, révoquée et, à l’avenir, entièrement interdite.
Les dépendances de la juridiction papiste doivent aussi être abolies ; de cette sorte est la juridiction mixte des commissaires, pour autant qu’ils se mêlent des matières ecclésiastiques et n’ont reçu de l’Église aucune commission à cet effet, mais ont été élus au temps de la mère de notre souverain, lorsque les choses étaient en désordre. C’est une chose absurde que plusieurs d’entre eux, qui n’ont aucune fonction dans l’Église, soient juges des ministres et les déposent de leurs places. C’est pourquoi, ou bien il faudrait leur interdire de se mêler des matières ecclésiastiques, ou bien il faudrait leur fixer en quelles matières ils pourraient être juges, sans nuire à la liberté de l’Église.
Ceux aussi qui étaient auparavant de l’état ecclésiastique dans l’Église du pape, ou qui sont nouvellement admis aux titres papistes, et qui sont maintenant tolérés par les lois du royaume pour posséder les deux tiers de leurs revenus ecclésiastiques, ne doivent avoir d’autre liberté que celle d’administrer la portion qui leur est assignée et accordée pour leur vie, et non, sous les titres abusifs qu’ils avaient, de disposer des revenus de l’Église et d’en concéder à leur gré des baux et des fiefs, au grand dommage de l’Église et des pauvres laboureurs qui habitent sur les terres de l’Église, contrairement à toute bonne conscience et à tout bon ordre.